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Le réel est une partie del'art,le sentiment le complète "

J.B.C.Corot



Propos sur le paysage


          Un rituel en Bretagne qui est, à la fois, une façon de se saluer et d'engager la conversation, consiste à évoquer le temps qu'il fait ou qu'il fera ; il invite bien souvent à scruter l'air, le ciel, à établir l'état des lieux. C'est, peut-être, non seulement une façon d'habiter ces derniers, mais aussi d'être en accord avec la nature et soi-même. Je crois que ce rituel m'est resté, et a accentué l'attention portée aux paysages.
Les rives du Belon, de la Laïta, de l'Aven et bien d'autres sites ont façonné le regard et les rêveries qui s'y rattachent.
Les grandes étendues de ciel, terre et eau, le lien entre ces éléments, leur densité de matière, de couleurs, de contrastes, d'ombre et de lumière, dispensent une énergie ; les peintures se réduisent alors à quelques surfaces de couleurs, ou de noir et blanc comme une sorte d'écho qui cherche une équivalence aux espaces paysages, vus en creux et dits sur la surface plane du tableau.


          Pour essayer de peindre encore la sensation devant un paysage, comme tant d'autres l'ont déjà fait le noir s'impose parfois  l'intensité du noir met la peinture en proximité du réel au sentiment du présent, sculpte la forme et par sa profondeur crée une perspective sans trompe l'oeil .Le noir et blanc est aussi cette empreinte de lumière et d'ombre, Gwenn ha du, (noir et blanc), ressentie tout particulièrement en Bretagne.
L'imprégnation des lieux forge à notre insu nos sensations, elle est le lien, le liant de ces paysages.


          Dans ces paysages simples, immobiles, on entre de plain-pied par de grands aplats de couleurs ou de noir et blanc, on les a déjà vus, traversés : collines, vallons, vallées ; les formes sont ramassées ou s'étirent latéralement, elles suggèrent parfois le corps.
Dans ces peintures, rien de vaporeux, d'atmosphérique, les formes sont nettement définies, elles sont stables.


          Par reprises successives de dessins, peintures, les formes se dégagent de l'accidentel pour atteindre l'archétype du paysage.L'architecture du paysage s'impose immédiatement au regard. Les pleins et les vides se juxtaposent, définissent le ciel, la terre, l'eau. Cette architecture nous met en présence de lieux réalistes, dépouillés, qui semblent aussi hantés, traversés d'ombres où l'étrange aurait une présence non pas inquiétante, mais celle du regard" premier ".


          Ainsi un paysage n'est pas seulement un panorama, c'est aussi le prolongement du pas, l'espace parcouru par le corps, la mémoire et le souvenir dans l'instant.
Alors, mis en peinture, terre, ciel, eau et lumière prennent forme dans la pâte, tout est encore possible ; la peinture peut encore  surprendre une parcelle de la réalité, et cela engendre des séries peintes faites à la fois de décisions, d'abandons, d'impossibles passages, d'enthousiasmes des suites d'images qui voudraient être un témoignage de la présence des éléments.





Yves Noblet février 2007







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